L'Université de Lille s'engage pour la sécurité menstruelle

Dans cette interview, Hermine Pernoud, cheffe de projet Égalité femmes/hommes, explique comment l'Université de Lille prend des mesures concrètes et efficaces pour lutter contre la précarité menstruelle.

Honorées d'accompagner l'Université de Lille, ainsi que d'autres universités pionnières, dans leur démarche de lutte contre la précarité menstruelle, nous voulons mettre en lumière pourquoi une université est amenée à acheter des protections périodiques pour ses étudiantes.

 

Depuis septembre 2019, Hermeline Pernoud est cheffe de projet Égalité femmes/hommes au sein de la direction Développement Durable et Responsabilité Sociale de l’Université de Lille. Son rôle est de veiller à l'égalité femmes/hommes au sein de l'université, à la fois pour les étudiant.e.s et pour les salarié.e.s. Elle accomplit cette mission de sensibilisation essentiellement par le biais de conférences, de pièces de théâtre et de groupes de réflexion. Le but est aussi de réduire les violences systémiques, qu'elles soient administratives, sexistes, sexuelles ou économiques. Lutter contre la précarité menstruelle est une façon de pallier à une violence économique. 

 

Déesse Padma : Pourquoi est-ce que l'Université de Lille a pris la décision de payer des protections périodiques à ses étudiantes ?

Hermeline Pernoud : Il suffit de constater qu'il est normal que le papier toilette soit gratuit pour comprendre pourquoi il est souhaitable que les protections périodiques le soient aussi. Rappelons que les femmes doivent en moyenne débourser 8€ par mois pour les protections périodiques, une dépense entièrement liée à leur sexe. La précarité menstruelle est une inégalité parmi d'autres et la CVEC (Contribution de vie étudiante et de Campus) est entre autre là pour réduire les inégalités entre étudiant.e.s, d'où la raison de distribuer gratuitement protections périodiques.

 

Déesse Padma : Qui est à l'initiative des distributions gratuites de protections périodiques à l'Université de Lille ?

Hermeline Pernoud : C'est Sandrine Rousseau, vice-présidente Vie du Campus et chargée d’Égalité femmes-hommes, qui a lancé l'initiative avec une première distribution de grande envergure en mars 2019. L'objectif de son mandat est de créer les conditions pour que les étudiant.e.s puissent étudier sereinement. Sandrine Rousseau encadre également le Développement Durable et la Responsabilité Sociale où l'on traite aussi l'écologie. Ces trois secteurs se rencontrent sur la question de la précarité menstruelle. 

 

Comment avez-vous sélectionné les protections à distribuer ?

Hermeline Pernoud : Nous avons commencé par des protections jetables car ce sont les plus connues par le grand public. Ensuite nous avons voulu proposer des options écologiques avec des coupes menstruelles et des SHL (serviettes hygiéniques lavables). Une fois que la qualité était assurée, nous avons, entre autre, notamment veillé à allier l'écologie des produits et à leur facilité d'utilisation afin de ne pas augmenter les tâches ménagères ni le stress lié au tabou des règles. C'est ainsi que la coupe de la marque Claripharme a été choisie comme coupe menstruelle car elle est fournie dans une boîte qui la rend pratique à stériliser, et Déesse Padma a été choisie comme SHL car les serviettes sont colorées, passent en machine et sont donc faciles à nettoyer, même pour une étudiante se rendant dans une laverie.

 

Comment est-ce que les étudiantes réagissent aux distributions ?

Hermeline Pernoud : Certaines demandent les produits avec un peu de gêne, d'autres avec fierté. Le fait de distribuer les produits périodiques banalise le sujet car les étudiantes en parlent lors des distributions. Au sein de la direction Développement Durable et Responsabilité Sociale, on veille à créer des espaces de confiance qui sortent les étudiant.e.s de leur routine afin de discuter différemment de sujets sensibles comme les règles. Et ça marche ! L'échange se crée et le sujet peut être dé-diabolisé.

 

Déesse Padma : Le confinement a été un moment particulier, l'autrice indienne Arundhati Roy l'a qualifié d'amplificateur. L'avez-vous ressenti dans vos liens avec les étudiantes, notamment concernant la précarité menstruelle ?

Hermeline Pernoud : Pendant le confinement il y a eu besoin d'un plan d'urgence car un nombre important d'étudiant.e.s se sont inscrit.e.s aux distributions alimentaires que l’université a mis en place. A cela, nous avons souhaité inclure des produits d'hygiène : savon, dentifrice, protections périodiques... Lorsque les étudiantes voyaient qu'elles allaient recevoir des protections périodiques, beaucoup manifestaient un véritable soulagement.

 

L'université de Lille compte 38 859 étudiantes. Grâce aux distributions gratuites, environ 10% seront prochainement équipées de protections réutilisables (coupe menstruelle et SHL). 

 

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